dimanche 27 novembre 2011

Comment financer la radio communautaire

L'ennemi numéro un des radios communautaires en milieu urbain est le financement. Lançons des idées.

Faire payer les producteurs-trices
Actuellement les producteurs et productrices paient le même prix que les membres, environ 20$. Il faut être membre pour faire de la radio (logique).

Sachant que ça coute environ 50$ par heure de radio, on peut dire que c'est un sacré privilège qu'on possède.

Maintenant notons qu'il y a quand même beaucoup de bénévoles qui entrent dans une station communautaire. Entre 150 et 250 (en incluant les chroniqueurs). Ça en fait du monde!

Ok disons maintenant que chaqun d'entre eux paient 100$ pour la saison longue pour "louer" le micro et 50$ pour la saison courte (l'été). Ça serait des frais additionnels à la carte de membre. Ça ferait... entre 22,500 et 37,500$ de revenus additionnels. Intéressant... Ça pourrait être suffisant pour payer le salaire d'un nouvel employé.

Avantage: C'est du financement autonome.

Désavantage: Un paquet de gens ne pourront pas se le payer. On excluerait des gens sans égard à leur talent sur le principe qu'ils sont pauvres. C'est assez chien. Surtout que ça irait probablement contre la mission de la radio.

Bon je le sais il s'agit d'une approche très libérale de type utilisateur-payeur. On jase pour jaser la. Le financement est un problème grave qui nécessite qu'on envisage toutes les solutions.

C'est d'autant plus déchirant que c'est le financement de l'État qui ne réalise pas ses belles promesses. C'est le gouvernement qui nous serine de l'importance de l'information locale tout en se lavant les mains face à la médiocrité de l'information.

Les projets spéciaux
Un bel exemple de projet vraisemblablement 100% autofinancé, c'est ce qui a été réalisé avec l'émission Égalité: Genre Féminin. Sophie Gall, qui gérait le projet, a même put se payer une recherchiste. C'est quand même assez exceptionnel. L'émission était réalisée en partenariat avec le ministère de la Culture.

Je ne connais pas tous les tenants et les aboutissants de ce projet, mais force est d'admettre qu'il s'agissait d'une émission de qualité avec deux salariées qui entrait à 100% dans la mission de CKIA. Winner sur toute la ligne.

Cartes de membre
La vente de cette carte est une part importante du fïnancement autonome des radios communautaires.

Son achat ne doit pas être comme un don à une oeuvre de charité. C'est un appui moral et monétaire concret envers la mission de la radio. Bien traité, ses détenteurs et détentrices peuvent alors devenir d'importantEs alliéEs.

Le problème c'est qu'actuellement à CKIA ou à CKRL, on met un peu de côté ceux et celles-ci. Les membres sont peu ou pas informés de ce qui se passe et on ne les sollicitent que pour leur demander du fric ou pour atteindre le quorum lors de l'assemblée générale annuelle. Le membre est traité comme un portefeuille.

Le détenteur de la carte de membre devrait avoir accès à certains avantages. On offre la plupart du temps des rabais dans divers commerces (bars, théâtres, librairies etc). C'est un bon début. Ça pourrait aller plus loin. Les membres devraient avoir un rôle actif dans le fonctionnement de la station. J'y reviendrai plus loin.

Pour stabiliser cette source d'argent, il faudrait que le paiement du membership devienne récurrent. Comme lorsqu'on contribue à Centraide ou Greenpeace. Le compte des membres devrait être débité automatiquement chaque an. C'est ahurissant le temps que des bénévoles perdent à appeler les ex-membres pour les solliciter pour qu'ils redeviennent membre. Un temps qui pourrait être investi de façon plus productive ailleurs.

D'ailleurs, pendant la période de crise, CKIA a atteint le total mirobolant de 850 membres. Impressionnant. Sauf que leur membership est échu depuis août. Eh oui. Tout est à recommencer.

Je suis plutôt d'avis qu'il faut conserver une échéance fixe pour l'expiration du membership. Ça permet notamment de faire une campagne d'autofinancement distincte du radiothon.

Valoriser le contenu audio
Certaines émissions recèlent de véritables trésors sous-exploités. Je pense notamment à l'émission Sentiers secrets de Susy Turcotte à CKRL. Susy fait les entrevues les plus touchantes avec les plus grandes stars du Québec. Une fois la diffusion en direct passée, ou pouvons-nous réécouter toutes ces entrevues? Nulle part! À Québec il n'y a qu'à CHYZ dont les émissions sont parfois disponible en podcast sur leur site web bancal.

Pourtant, ce qui est diffusé n'est-il pas le meilleur produit d'une radio?

Même si on est censé être des pros des communications, il y a très peu de véritable auto-promotion du contenu. Il faut trouver des canaux alternatifs, via une infolettre, facebook ou le site web, pour faire la promotion des meilleurs moments de la radio, passé ou à venir.

Il faut que chaque émission puisse être disponible en podcast et téléchargé rapidement. Les meilleurs extraits pourraient être distribués dans les canaux alternatifs.

Incroyable que la situation n'aie toujours pas changée depuis 5 ans.

Des radiothons originaux
De notables efforts ont été mis de l'avant pour faire mousser les radiothons. L'année dernière, Raymond Poirier avait même tenté d'occuper la 3e avenue, face à la station, pour assurer une visibilité maximum à l'évènement.

Ça avait finit dans la flotte. Ça veut pas dire que c'était une mauvaise idée.

CKRL est la seule station à Québec qui fait des radiothons annuels. CKIA a fait le premier de toute son existence cet été. Il y a de la place pour deux campagnes de financements, tant qu'ils ne sont pas en même temps.

Reste que la formule du radiothon reste très traditionnelle.

La meilleure façon de s'améliorer est en s'inspirant des meilleurs. À ce titre, WFMU est la voie à suivre. Leurs "marathons" sont tout simplement ahurissants.
  • La programmation prend de l'envergure. WFMU étant une station 100% musique, les producteurs mettent le nec plus ultra de leur sélection musicale. 
  • On entend les téléphones sonner à l'antenne. C'est un puissant motivateur.
  • Chaque donateur est personnellement nommé en onde.
  • Les producteurs développent des méthodes originales de sollicitation. Exemple: je fais jouer en boucle cette pièce de "Bob Dylan goes christmas" jusqu'à ce que j'ai entendu sept téléphones sonner. Très efficace. 
  • Un don vient avec un cossin. 15$ et vous avez un autocollant. 50$ un t-shirt. 100$ un album. 365$, une clé USB et un ouvre bouteille WFMU. C'est possible d'avoir une visite de la station, une carte du New-Jersey qui brille dans le noir, une sélection audio de votre producteur préféré (ce qu'ils nomment des premiums)... C'est d'autant plus intéressant que ces cossins permettent non seulement de faire du fric, mais de développer un sentiment d'appartenance envers la station. 
Si vous n'avez jamais entendu un marathon de WFMU, c'est une expérience à faire absolument.

Il faut mettre ce que les auditeurs veulent entendre. Moins de bla bla, plus de musique. Oui c'est important les vedettes, mais on veut aussi une programmation qui sort de l'ordinaire. Il faut que quelqu'un qui synthonise la station réalise instantanément qu'il se passe quelque chose de spécial. En mettant de la musique de fond, par exemple. Pourquoi pas.

Méthodes de financement originales
CKRL a depuis quelques années développé une série de moyens de financement originaux.
  • Vente de journées (ex: Le jeudi est financé par la Barberie...)
  • Vente d'une bière CKRL et de t-shirts
On pourrait aussi...
  • Vendre des émissions (cette émission est commanditée par)
  • Vendre des reportages (publi-reportages)
Je peux pas croire que l'émission d'horticulture de Larry Hodgson aurrait pas pu être commandité par le Jardin Hamel... Ça a peut-être été tenté remarque.

À mon avis on peut aller plus loin en vendant des albums compilation de prestations d'artistes en direct. Imaginez que Pierre Lapointe débaque pour faire une prestation live lors du radiothon. Je suis certain qu'il y a pas mal de gens qui paieraient pour écouter cette version originale.

On pourrait aussi vendre des disques avec des extraits d'émission, des compilations musicales réalisées par des producteurs (de musique libre de droit ou libéré de droits d'auteur). La radio produit du son. Vendons le.

Dans le prochain article, j'aimerais aborder la question du jeu démocratique à la radio communautaire.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Cette fois-ci, un remerciement, de vous être dépensé pour la survie de CKIA.