mercredi 14 décembre 2011

Déficit démocratique à la radio communautaire

Les stations communautaires ont toutes germées du bouillonnement politique de la révolution tranquille. En 1978, des groupes populaires se réunissent pour fonder CKIA dans l'objectif de "créer ses propres moyens de communication et d'en contrôler la propriété" (source).

Ces groupes visent un idéal de démocratie directe, la même que l'on retrouve dans leurs propres organisations. Parmi ceux là, le Comité de citoyens du quartier Saint-Sauveur, les Ami-es de la terre, la Coopérative d'habitation Chez Nous et d'autres. Pour vous donner une idée, le manifeste des coop d'habitations en 1977 indiquait chercher à "...favoriser des rapports humains et sociaux égalitaires tout en favorisant la prise en charge par chaque individu de son droit de se loger convenablement" (source).

Avec le temps, les radios communautaires de Québec ont néanmoins finit par reléguer toutes les décisions à une petite poignée de spécialistes salariés.

Pour avoir un aperçu de la démocratie, la vraie, oubliez les élections politiciennes. Pensez plutôt à la relation que vous entretenez avec vos amiEs, ou encore, celle que l'on retrouve dans un groupe populaire. C'est participer à tous les instants aux prises de décision dans le respect de tous et toutes. Cette démocratie là n'existe pas à CKIA ni à CKRL.

J'avance quelques idées, mettons que nous souhaiterions dépasser le statu quo et opérer une petite révolution. Ça serait le moment idéal pour CKIA. Tant qu'à redémarrer, pourquoi ne pas le faire sur des bases plus solides?

Supprimer le poste de directeur général
En lisant le bouquin sur CIBL, j'ai remarqué que cette station avait fonctionné pendant plusieurs années sans directeur général. "À l'automne 1980, l'équipe de CIBL a voulu donner une structure à cela et nommer un responsable. Le terme directeur n'est pas apparu avant 1984. C'était "coordonnateur", "responsable de", parce qu'on dirigeait mais on était en même temps dirigé par des comités de bénévoles qui, eux, étaient élus. Tout se faisait de façon collégiale" (CIBL : 30 ans de radio citoyenne, p.47). D'ailleurs, à peu près tous les groupes populaires fonctionnent comme ça, avec des coordonnateurs et des coordonnatrices et une hiérarchie plus horizontale. Le pouvoir appartient aux membres.

Le poste de directeur général est incompatible avec un fonctionnement démocratique. Il est un patron. Par son statut de cadre, et parce qu'il n'y a jamais beaucoup d'employés, le directeur concentre une somme indécente de pouvoirs. Il prend en charge les ressources humaines, le financement, la comptabilité, l'accueil, le secrétariat, le remplissage de formules du gouvernement et j'en passe.

Cette surcharge de responsabilité c'est super tant que tout va bien. Quand les choses vont mal, c'est moins drôle pour le directeur ou la directrice qui se retrouve tout d'un coup avec une charge de 10,000 tonnes sur les épaules. Vous en parlerez à Nancy Gagnon, ex-directrice de CKRL, ou à Ernst Caze, ex-directeur de CKIA, qui ont quitté leur emploi la face couverte d'ulcères.

Le directeur ou la directrice générale d'une radio communautaire à toutes les responsabilités, toute la pression, sans la reconnaissance ni le salaire qui vient normalement avec un poste similaire.

CKIA et CKRL ont connu des périodes houleuses gracieuseté de directeurs incompétents ou malhonnêtes. À CKRL, il y en a même qui pigeaient carrément dans la caisse. La réalité est la même pour CHYZ, dont les directeurs se succèdent à la vitesse de l'éclair depuis trois ans.

S'il y a une chose à retenir c'est que le rôle du directeur général à souvent montré d'importantes défaillances. C'est son efficacité qui reste à être démontrée, pas l'inverse. Il est temps d'essayer autre chose.
Anectode: Line Beauchamp, sinistre de l'éducation et gestionnaire des hausses de tarifs les plus dévastatrices depuis 30 ans, a déjà été directrice générale de CIBL.

Le rôle du comité de programmation
Ce comité devrait avoir un rôle prépondérant dans la qualité de la station. Jusqu'ici, à CKRL ou à CKIA, on réserve son rôle à commenter et à vaguement évaluer les émissions. À mon avis son rôle doit aller beaucoup plus loin que ça.

Formation
Saviez-vous que tous les bénévoles ne sont lancé à l'antenne qu'après une seule séance de formation, essentiellement technique? Elle est le plus souvent donnée par des salariés. Ensuite, c'est au bénévole de se débrouiller et advienne que pourra!

C'est le comité de programmation qui devrait prendre en charge la formation des nouvelles et nouveaux bénévoles. Avec un suivi serré et constant pendant le premier mois. Il devrait y avoir aussi une formation beaucoup plus large sur le "comment bien perlé", le "c'est quoi faire de la rèdio icitte (les valeurs, le fonctionnement)", etc.

Un guide du producteur devrait aussi être mis en valeur. CKUT et CKIA possèdent de formidables exemples.

Évaluation
En cinq ans de radio je n'ai jamais eu une seule évaluation digne de ce nom. Mon émission est-elle intéressante? Est-elle cohérente dans la grille de la radio? Est-ce que j'oublie de dire l'indicatif? Comment pourrais-je m'améliorer? Est-ce que je parle trop ou pas suffisamment? Toutes ces questions sans réponses.

Les émissions qui ont la chance d'avoir du feedback sont celles qui sont sur le point d'être retirées de la programmation parce qu'elles sont trop médiocres.

Plus que l'évaluation, les producteurs et productrices devraient être incités à s'autoévaluer. À l'aide d'un questionnaire, les bénévoles auraient ainsi une idée concrète des valeurs, des intérêts et des priorités de la station.

La veille de bons candidats
Actuellement, la méthode de recrutement consiste à peu près exclusivement à annoncer sur divers supports qu'on recherche de bons candidats pour faire des émissions. De quoi? De n'importe quoi. Quand? N'importe quand. Ça se résume à peu près à ça.

Pourtant les meilleur-e-s candidat-e-s sont souvent ceux que d'autres auront incités à présenter un projet d'émission. Ce rôle peut très bien être accomplit par les bénévoles du comité de programmation qui, comme des antennes, connaissent les meilleures personnes à recruter.

C'est surprenant à quel point des fois il suffit de proposer à quelqu'un de faire de la radio bénévolement pour la décider définitivement.

Le comité doit prendre une part active dans les décisions. Il doit être moins consultatif et plus autonome.

Les assemblées générales
Les AG c'est bien connu sont essentiellement des moments de rubber stamper des documents financiers dans l'objectif de satisfaire les normes minimales demandées par les ayatollahs des OBNL. Ce n'est pas le moment pour les membres de se pencher sur des questions importantes du genre le plan d'action, la qualité (ou l'absence de) de la programmation, de la propreté des locaux ou de rénovations urgentes.

Puisque c'est ainsi, pourquoi ne pas avoir d'autres moments dans l'année ou les membres pourront adresser leurs questions, leurs intérêts, leurs craintes et faire des propositions sur leur station?

J'ai suffisamment fréquenté les producteurs et productrices de la radio communautaire pour savoir qu'ils et elles sont toujours péoccuppés par l'évolution de la radio. Ils ont des opinions souvent très intéressantes. Ce sont eux qui sont sur la première ligne et on ne cherche jamais à connaître leurs idées. Au contraire, on laisse souvent entendre, indirectement, que leur opinion ne compte pas.

Le CA actuel
Le conseil d'administration de CKIA, bien que plein-plein-plein-de-bonne-foi-je-n'en-doute-pas, n'a guère montré beaucoup d'intérêt à agir autrement qu'en gentil despote éclairé.

Pour vous donner une idée, à la dernière assemblée générale, on a appris que le comité de survie sera transformé en comité "action financement". Chouette. Sauf que le dit comité, qui en passant a été créée de façon complètement autonome, n'a jamais été consulté. Le CA se comporte avec le comité comme une de ses possessions. C'est bien dommage et c'est mauvais signe pour la suite des choses.

Inutile de repasser sur les multiples demandes, propositions, questions, opinions que le comité a lancé au CA pendant sa période d'activité qui sont restées sans réponses. Et ce, pendant des mois, sous le seul prétexte d'"on a pas le temps"!

Dès la première rencontre (c'est marqué dans le PV), j'avais clairement énoncé que je m'engageais personnellement dans la reprise dans l'unique espoir de dépasser le statu quo, en insistant sur les valeurs d'autogestion et de démocratie directe qu'il ferait bon respirer à CKIA. On ne se dirige définitivement pas vers ça.

On pourrait penser qu'en situation de crise, il faut nécessairement déléguer le pouvoir à des gens qui pourront l'utiliser le plus efficacement et le plus rapidement possible. C'est une erreur.

D'ailleurs le comité de survie de CKIA a particulièrement brillé lorsqu'il a pris la relève de la permanence. De façon complètement autonome, des bénévoles ont appris sur le tas à gérer une station de radio. Et ça a curieusement très bien marché. Les 850 membres sont là pour le prouver.

3 commentaires:

L'Homme Scalp a dit…

Donc, les CA doivent écouter les producteurs et leurs suggestions et certaines décisions doivent être décentralisées? Mon dieu, tout un combat de faire avaler ça...

Nicolas a dit…

La réflexion n'est pas inintéressante. Voici d'autres pistes...

La démocratie ça se cultive par la mobilisation. Primo, il y a un état d'esprit participatif et ça, ben faudra le recréer! Pour ça, ça prends des espaces. Et là, y'en a pas. C'est ça que le comité de survie avait créé, un espace. Quand j'ai commencé à faire de la radio il y a 10 ans, il y avait un espace, c'était les assemblées de producteurs. Il y en avait au moins une par saison (donc 3 par années). C'etait un lieu de partage d'info, de recrutement pour le comité de prog et de fraternisation / création d'un esprit de corp. À défaut d'assemblées générales plus régulières, ça serait un début. Oh, et c'était obligatoire, toutes les émissions devaient envoyer au moins une personne!

Pour la formation et l'évaluation, j'en ai déjà eu... Il y a 10 ans. Le directeur de l'info écoutait les émissions d'info et nous envoyait des commentaires, le directeur musical faisait la même chose pour la musique. Et il y avait aussi des formations + ou - régulières (sur les techniques d'entrevues, surtout, mais aussi sur l'écriture journalistique pour la radio).

Je ne tripe pas sur la situation actuelle et j'ai pas de solution miracle. Toutefois, j'imagine que c'est pas différent des autres organisations sociales. Si c'est le cas alors ça repose sur l'information, la création d'espaces physiques de rencontre et d'échange, la cultivation de relations sociales avec les gens et la rétroaction fréquente, positive ou pas.

François G. Couillard a dit…

Je suis de ton avis Nicolas