lundi 3 septembre 2012

Impossible de scorer

Huit millions de Québécois sont sur la patinoire d’une partie de hockey. Un seul d’entre eux, un grassouillet dont les cheveux frisés flottent au vent, possède un bâton et des patins. Il circule avec aisance sur la patinoire alors que les autres tentent misérablement, sans succès, d’influencer l’issue de la partie.

Le frisé a écrit toutes les règles du jeu. Des arbitres casqués et armés de matraques veillent sur lui avec zèle. Dans l’estrade, on entend rugir une horde de chefs d’entreprises bedonnants. Ils lui hurlent leur soutien et ne cessent d’applaudir. Ils tiennent en bride les journalistes du premier rang, qui répètent docilement en choeur chacun de leurs encouragements.

La partie dure depuis 1867. Sur le mur des gagnants figurent quatre noms: Parti Libéral, Parti Québécois, Parti Conservateur et Union Nationale. Quatre gagnants en 145 ans de jeu. Cette clique d’éternels winners bénéficie d’un entrainement, d’une alimentation et d’un soutien financier réservé à l’élite. Un traitement exclu à 99% des joueurs. La partie est espacée par des championnats ronflants chaque quatre ans, ou deux joueurs s’échangent le trophée (et l'unique paire de patins) depuis 40 ans.

Ce jeu est complètement insensé. Pourtant, les spectateurs huent tous les joueurs qui quittent le terrain. Il y en a même qui souhaitent rendre le jeu obligatoire.

"Aucun parti politique ne nous sauvera, nous sommes nos propres sauveurs" a dit récemment Jeanne Raynolds, porte-parole de la CLASSE. Si, pour certain, la question se résume à savoir qui gagnera le championnat, d’autres remettent radicalement en question l’intérêt de jouer. C’est ça, l’abstentionnisme. A quand un bâton pour chaque joueur?

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