jeudi 2 juin 2016

L'humour de combat d'Yvon Deschamps


Je pense que dans tout le débat Ward-Nantel, le pire argument de nos deux bozos a été de revendiquer l'héritage d'Yvon Deschamps.

Yvon Deschamps, je ne le connais pas beaucoup. Ce n'est pas de ma génération. La majorité de ses albums sont sur vyniles. Son premier album date de 1969.

N'empêche que lorsqu'on tend l'oreille à quelques uns de ses sketchs une évidence saute aux yeux: Ça n'a rien à voir avec Nantel. Même pas un peu.

Yvon Deschamps était un humoriste engagé. Pour le syndicalisme. Pour le féminisme. Contre les curés. Antiraciste. Pour l'indépendance du Québec, dans le temps que c'était un projet de gauche.

Deschamps est né à Saint-Henri (oui oui, le même quartier secoué par de vigoureuses actions anti-gentrification en ce moment). Il travaille à la discothèque de Radio-Canada. Il fait du théatre. Il a quelques échecs en tentant de lancer des restaurants puis rencontre Clémence Desrochers. C'est avec elle sur scène que Deschamps invente son personnage d'employé soumis à son "bon boss".

En 1968, Deschamps rejoint le Théâtre de Quat'Sous et monte un spectacle musical avec Louise Forestier et Robert Charlebois. C'est l'Osstidcho.

Pour son premier monologue, Deschamps s'inspire d'un spectacle du hippie Arlo Guthrie, le fils du protest-singer Woody. La gloire s'ensuit.

Deschamps est tout sauf racolleur. Il provoque des malaises épouvantables à son public. Un peu à la Andy Kaufman.
En 1972, j'ai cependant décidé d'écrire d'une autre façon et de faire des expériences plus théâtrales. Question de créer différentes émotions chez le public. Des malaises aussi. Je chicanais mes musiciens. Je faisais semblant d'avoir des trous de mémoire de cinq minutes. J'ai déjà fait partir les sprinklers (extincteurs automatiques) pendant un spectacle. Jusqu'au début des années 1980, je me disais qu'il fallait que j'aille le plus loin possible sur scène. Mon public est passé par tout. Il sortait de la salle la tête entre les jambes.
Bien honnêtement, l'humour d'Yvon Deschamps ressemble à de l'humour de combat.

Rien rien rien rien à voir avec Nantel et Ward.

Voici quelques exemples.

Cet album a été enregistré en mai 73 pendant la grande grève illégale du Front Intersyndical en 1972. Par solidarité avec les grévistes, Deschamps répond présent. Le show a eu lieu à Montréal et à Québec. Les 3 chefs syndicaux étaient alors en prison. Quand on parle de malaises monumentaux, écoutez ça.



Puis, peut-être un de ses sketchs les plus populaire, "les unions qu'ossa donne" enregistré en 1969.

Et celle-ci, Deschamps l'antifasciste.



Il semble que son oeuvre complète se retrouve sur Youtube. Ça vaut le détour. À une époque ou, comme on l'a vu, on pouvait provoquer l'hilarité avec des blagues homophobes, Deschamps dénonçait l'homophobie.

Respect, Deschamps.